L’œuf du serpent

« L’œuf du serpent » n’est pas un film suédois d’Ingmar Bergman. Le générique original était en anglais et portait des noms de techniciens allemands ! On y voit une alternance d’images d’une foule grise comme celle de « Metropolis » de Fritz Lang, sur une musique aigrelette de charleston comme celle de « Cabaret ».L'_uf du serpent Nous sommes le 3 novembre 1923. Plus personne n’a foi dans l’avenir ou dans le présent. Arrivé à Berlin depuis un mois, un trapéziste américain apprend que son frère s’est suicidé. Il a laissé une lettre où l’on peut déchiffrer cette phrase « Il y a un poison dans l’air ». Et de fait, en un mois, dans le même quartier il y aura sept morts mystérieuses. Pour le Juif américain, ce sera une longue fuite en avant vers la peur et l’angoisse, que l’alcool ne parvient pas à faire oublier. Ingmar Bergman nous fait découvrir le Berlin de la montée du nazisme, ce moment où le serpent était dans l’œuf. Lorsque « sous la fine membrane on distingue déjà le parfait reptile ». Il utilise l’une de ses comédiennes fétiche, Liv Ullman, celle de « Persona », « Scènes de la vie conjugale », « Cris et chuchotements », ici épuisée, éplorée, exsangue. Plus inattendue est la présence de David Carradine, qu’on a du mal à dissocier de son personnage de la série télévisée « Kung fu ». Dans une lumière glauque, le film offre une reconstitution somptueuse de cette atmosphère vénéneuse où « la peur comme une buée suinte des pavés ». C’est l’époque où le dollar vaut cinq milliards de marks, le papier monnaie se distribue par liasses et on fait la queue depuis l’aube devant les boulangeries. Même si c’est là le moins bergmanien des films de Bergman, on y trouve cette inquiétude nous vivons si loin de Dieu qu’il n’entend plus nos appels à l’aide.

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