Baria et grand mariage : documentaire de Manu Bonmariage

Rediffusion du récit actualisé du mariage forcé et raté d’une jeune Comorienne de Marseille, écartelée entre traditions familiale et émancipation.

Baria, 17 ans, est une jeune Comorienne née à Marseille. Comme les filles de son âge, elle va au lycée, écoute Ricky Martin, va guincher en boîte, et rêve secrètement de trouver le mec de sa vie. L’embrouille, c’est qu’avant même sa naissance, Baria a été promise par sa famille à Maoulida, 34 ans, cuisinier à Monaco, sosie caché d’Al Jarreau, et comorien comme elle. Au moment où Manu Bonmariage introduit sa caméra dans la vie de Baria, celle-ci n’a plus que quelques mois devant elle avant que ne se déroule, selon la coutume comorienne, son ‘’grand mariage’’ à Quellah au pays, avec le gars Maoulida qui l’attend de pied ferme pour ‘’tenir la maison, faire à manger, le repassage, et le lavage’’.
Durant toute cette période d’attente, Manu Bonmariage va filmer cette jeune fille écartelée entre une famille aveuglée par la tradition qui l’accule au mariage en lui faisant miroiter l’argent, l’or et les bijoux-et des copines de classe, scandalisées par ce traquenard d’un autre âge, qui lui conseillent vivement de prendre se jambes à son cou. Un fossé culturel dont le documentaire témoigne avec beaucoup de justesse, sans pour autant le juger, alternant les scènes où l’on verra Baria s’adapter tant bien que mal à ces deux discours radicalement opposés.

Soucieux dès le départ de ne pas peser sur le cours des évènements, Manu Bonmariage se content donc de montrer, en attendant tout de même, on le sent, une récolte de la part de Baria. Car au début, à Marseille, elle ne semble pas y croire vraiment, ç ce ‘’grand mariage’’. Elle profite de la vie, sort avec ses amies, nargue un peu ses parents qui radotent, et file même en douce à Paris pour rejoindre un petit copain. On lui fait essayer des robes de mariée, et ça la fait rigoler. Jusqu’ici, tout va presque bien. Mais plus on avance, plus la famille se fait pressante. Et tout la bascule brutalement quand, arrivée aux Comores, Baria comprend qu’elle est prise au piège. Cloitrée dans sa chambre, apprêtée et pomponnée par ses sœurs, la petite est minée. A l’extérieure, c’est tout l’inverse : les familles dansent, paradent, s’échangent des liasses de billets et font la fête à Maoulida, accueilli dans son village comme un chef d’Etat.
Visiblement dépité, Bonmariage sort alors de sa réserve, s’attardant longuement sur le visage accablé de Baria, pour saisir l’indécence de ce ‘’grand mariage’’, rituel quasi sacrificiel qui brise sous nos yeux l’adolescence d’une gamine broyée sous le poids de la communauté.
Trois ans plus tard, Baria a quitté Maoulida : ‘’un accord a été trouvé’’ entre les deux familles, nous a confié Manu Bonmariage, qui reste en contact avec la jeune fille. ‘’De toute façon, tout le film indique que ça ne pouvait pas bien se passer, que l’échec est presque couru d’avance, reprend Bonmariage. Et c’est un peu cette confusion, ce miracle tant attendu qui ne se produit jamais que je souhaitais filmer’’.

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